Ecole des Arts décoratifs

1, rue de l'académie, Strasbourg en 1892 arch: OTT & ROEDERER Classé monument historique en 1981

L'Ecole des Art Décoratifs a été fondée par la Ville de Strasbourg en 1890 en vue d'encourager la renaissance artistique de la région(1). Le peintre munichois Anton Seder fut nommé directeur .
En avril 1891, la ville prit la décision de construire de nouveaux locaux fonctionnels et simples au 1, rue de l'Académie, sur l'emplacement de l'ancien jardin botanique.
Cet édifice, élevé sur les plans de l'architecte municipal Ott (assisté par Roederer et Herrmann), fut achevé à Pâques 1892. La façade, en brique jaune, est percée de vastes ouvertures et ornée de panneaux de céramique dont le décor a été conçu par Seder et réalisé en 1892-1893 à Soufflenheim par Léon Elchinger, un ancien élève qui connut le succès entre autres grâce à ses réalistions art nouveau et art déco(2). L'iconographie évoque, par le biais d'allégories, l'enseignement dispensé dans cet établissement: l'Architecture, la Peinture et la Sculpture (considérées comme arts majeurs), et fondées sur la connaissance de la Science, de l'Archéologie et de la Géométrie. L'avant-corps central, marqué par l'historicisme, présente aussi des panneaux de céramique. A gauche, une allégorie de Strasbourg; à droite, une de l'Alsace. Le fronton supérieur est inspiré par la couverture de la revue Das Kunstgewerbe in Elsass-Lothringen, dont l'un des éditeurs n'était autre que Seder. Les panneaux inférieurs, quant à eux, sont dédiés aux arts mineurs. Les panneaux d'allège, de facture moins académique, annoncent les prémices de l'art nouveau et illustrent bien les fondements de l'enseignement prôné par Seder(3), et qui firent la réputation de l'école(4).
Plusieurs artistes célèbres en sortirent, comme le sculpteur Carabin (il prit la succession de Seder en 1920), ou encore Cammissar et Braunagel (connus pour leurs vitraux).
Du décor intérieur subsiste malheureusement bien peu: une rampe d'escalier, un reste de faux-plafond en métal à décor de tournesols, et une intéressante porte magnifiquement encadrée de céramique polychrome que nous nous hasarderons à qualifier d' "égyptisante".
Les ateliers d'ébénisterie et de ferronnerie (pour ne citer que ceux-là) laissèrent des oeuvres de très belle facture. Malheureusement, la quasi-totalité de celles-ci et du décor intérieur de ces lieux disparurent au cours de la période nazie.
Ainsi, ce bâtiment fait figure à double titre de précurseur: d'une part son architecture sobre et fonctionnelle le détache des oeuvres contemporaines historisantes, et d'autre part son décor annonçant l'art nouveau, et par suite un profond bouleversement des arts décoratifs.

(1) En effet, les futurs artistes effectuaient leur formation à Dusseldorf, Karlsruhe, Munich ou Stuttgart.
(2) Voir "Léon Elchinger", catalogue d'exposition, Haguenau, 1992, et la collection permanente du musée Historique de Haguenau (Alsace) qui présente une intéressante collection permanente concernant cet artiste.
(3) Dans Die Pflanzen in Kunst und Gewerbe (La plante dans l'art et l'artisanat), Seder expose sa théorie de la conception stylistique et affirme, entre autres, que "... l'élément principal de toute décoration est la plante...".
(4) Et plus récemment Jean Arp et Thierry Mugler, pour ne citer que ceux-là.


Bibliographie


                     

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